La pratique du dessin s’exerce à l’atelier – parfois, lors de séances de nu on y sert la vodka, mais le plus souvent le café. Elle s’exerce aussi sur le motif, face au paysage, en bas de chez soi et en voyage.

France Dumas, elle, pratique le dessin dans le noir d’une salle de théâtre.
Le temps d’une représentation – Shakespeare, Molière ou Claudel – elle dessine au Rotring ce qui se joue sur scène sans presque jamais relever la main.

Elle capte les attitudes, les mouvements et les expressions des comédiens. Elle note quelques bribes du texte. Quel que soit son poste d’observation, au premier rang ou au balcon, son trait ne s’interrompt pas. Jusqu’à la fin de la pièce – Brecht, Koltes ou Pinter – jusqu’aux applaudissements…

En septembre, au début d’une nouvelle saison théâtrale, France m’a proposé d’imiter sa démarche. Je me suis essayé à la captation dessinée en direct lors de deux soirées, l’une au Théâtre du Soleil, l’autre au Théâtre de la Tempête. La représentation théâtrale est éphémère. Les acteurs y voient l’aboutissement d’un travail et la joie du partage.

Pour celui qui dessine c’est le temps imparti très court, pour un reportage scénique.
A la terrasse du Sarah Bernard, un café serré, un allongé, France et moi nous sommes décidés pour un nom : les Editions du Balcon.

Le projet des Editions du Balcon est de publier chaque année une série d’une dizaine de livres illustrant les pièces emblématiques de la saison théâtrale. Incontournables ou juste de notre choix. Cette collection constituera une mémoire sensible et poétique de ces moments évanouis, pour le plaisir des spectateurs, des curieux qui auraient aimé venir, des metteurs en scène, des acteurs et des techniciens.

Le principe graphique des Editions du Balcon s’appuie sur une gravure sur bois en couverture.
En première page sont indiqués : titre de l’oeuvre et nom de l’auteur, date et lieu de la représentation. La distribution des rôles vient en dernière page. Les dessins au trait et les annotations sont reproduits en noir et blanc, dans une mise en page aérée.

Le logo des Editions du Balcon est apposé sur chaque exemplaire, en quatrième de couverture, à l’encre rouge et à l’aide d’un tampon ouvragé dans une gomme. Chaque titre de la collection porte un numéro.
Le noir se fait dans la salle et le spectateur glisse dans l’histoire qui se joue sur scène.

Parmi eux un auteur des Editions du Balcon noircit les pages de son carnet. Des fauteuils du théâtre jusqu’à l’imprimerie, il ambitionne que ses lecteurs voudront goûter la restitution athypique qu’il propose : le théâtre par le dessin.

Guillaume Reynard. mai 2011